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Young-Jae Lee

Young-Jae Lee
Young-Jae Lee
GALERIE KARSTEN GREVE PARIS

Céramique
1 mars- 14 avril 2018
Vernissage : Le jeudi, 1 mars 2018, 18 - 20 h

En présence de l’artiste
 
ŒUVRES
BROCHURE D'EXPOSITION
 
La Galerie Karsten Greve expose pour la première fois des céramiques de l’artiste coréenne Young-Jae Lee. Née en 1951 à Séoul, Lee fait ses études à l’École supérieure d’éducation artistique, puis part s’installer en Allemagne en 1972. De 1973 à 1978, elle se forme à la céramique et à la sculpture à l’Université des sciences appliquées de Wiesbaden. Elle travaille ensuite dans son propre atelier à Sandhausen, près de Heidelberg. En 1987, elle reprend le prestigieux Atelier de céramique Margarethenhöhe à Essen, dont elle est toujours la directrice à l’heure actuelle.
 
L’œuvre de Young-Jae Lee, tributaire d’influences transculturelles et de considérations plastiques, a suscité un grand intérêt à la faveur d’installations réalisées dans des musées. Partant de la forme simple d’une coupe, d’un vase ou d’un gobelet dont les multiples variantes se déploient sur le sol, Lee a, par exemple, disposé en 2006 mille cent onze coupes dans la rotonde de la Pinacothèque d’art moderne de Munich. En 2008, elle a repris dans le même musée ce principe de mise en scène de l’unicité au sein de la sérialité avec une exposition de vases « fuseaux ».
 
L’exposition à la galerie Karsten Greve met l’accent sur ces « vases fuseaux ». Leur conformation s’inspire des hang-a-ri, récipients de stockage coréens dont la sphéricité résultait du volume du contenu. Conçus pour un usage pratique, ils étaient fabriqués de manière à pouvoir être empilés, c’est-à-dire avec une ouverture au diamètre plus large que celui du pied. S’écartant de la forme traditionnelle, ronde et lisse, Lee réunit deux coupes presque en miroir afin que les bords se touchent et que la jonction soit visible, comme dans le rapprochement de deux paumes. La faible hauteur de la base focalise l’attention sur l’ampleur de la forme, les parois extérieures incurvées s’effilent en une crête circulaire dont l’angulosité devient une caractéristique formelle de ce groupe d’œuvres. Cette interpénétration du singulier et du redoublement se reflète dans l’exposition que nous présentons, et fait écho au célèbre poème de Goethe Ginko Biloba, où l’auteur écrit : « Est-ce Un seul être vivant / Qui se scinde en lui-même ? / Ou bien Deux qui se sont choisis / Pour qu’on les saisisse en Un ? ». Dans leurs nuances délicates, le blanc s’ouvre à tout l’éventail des couleurs, tandis que la dynamique des formations fait naître un panorama véritablement cosmologique, une réflexion poétique sur l’origine et la création.
 
À partir du xvie siècle et de l’occupation japonaise, le hang-a-ri traditionnel se caractérise par sa glaçure blanche, adoptée en raison du manque de pigments colorés. Le blanc, l’absence de couleur, devient le symbole de la tristesse provoquée par la perte de l’identité coréenne, signification masquée ultérieurement par la dénomination « jarre de lune » utilisée dans les années vingt et trente par les collectionneurs. C’est avant tout la blancheur de ces vases traditionnels et son ancrage dans l’histoire de la Corée qui ont conduit Young-Jae Lee à la céramique : « De manière générale, le blanc des fibres de chanvre, le blanc du papier de riz, le blanc de la toile de lin, fine ou épaisse, le blanc de la soie, qu’aucun produit ne peut rendre plus blanc. » (Young-Jae Lee) Après son installation en Allemagne, sa prédilection pour le blanc trouve un écho dans les boîtes et les cruches de faïence peintes par Chardin, dans le tableau de Renoir Enfant dans une robe blanche, et surtout dans l’œuvre de Piero Manzoni.
 
Tout en reprenant la blancheur des récipients coréens, Young-Jae Lee s’éloigne de leur forme initiale. Obéissant à une conception minimaliste, Lee associe, dans l’union harmonieuse des coupes, des principes d’organisation anciens et contemporains. Elle qualifie son maniement des formes traditionnelles de « redéfinition ». Elle ne cherche pas à inventer des formes, à obtenir un résultat original. Ce qui l’intéresse, c’est l’individualité du récipient, la singularité de la forme sculpturale qui prend naissance. Au cours de la cuisson au four à bois, des cendres se déposent çà et là sur la glaçure claire, produisant des éclaboussures, des taches et des irrégularités sombres. Ces défauts sont le signe du hasard, de l’imprévisibilité et garantissent, in fine, la singularité de l’objet. Qui plus est, le caractère du céramiste, son état physique et émotionnel du moment sont partie prenante de la fabrication, dont le déroulement est le fruit de décisions conscientes et d’impulsions et stimulations spontanées.
 
L’idée que le remaniement d’une forme initiale produit une multiplicité de variations – la singularité dans la répétition – constitue le principe directeur du travail de Lee et fonde sa compréhension de l’art. Forgée par ses études à Wiesbaden, elle ne va pas vers une pratique méditative, retranchée de la vie. Ce qui est au cœur de son activité, c’est une manière concrète, concentrée, de se saisir d’un matériau en sculptrice, c’est le « travail de la main ». Le modelage d’une forme géométrique simple à partir de l’argile s’accompagne d’une conscience aiguë des proportions, inspirées de celles du corps humain. Ce processus d’engendrement qui fait de ses œuvres des « abstractions du corps humain », Lee le définit comme l’« apprivoisement » d’une masse extensible, malléable, sous l’effet de la force centrifuge.
 
La détermination du façonnage par la « finalité », le « matériau » et la « construction » – form follows function – s’inscrit dans la tradition du Deutscher Werkbund, l’Association allemande des artisans, et du Bauhaus. Avec son approche globale qui rend caduque la distinction entre activités artistique et artisanale, Lee témoigne aussi de sa parenté avec la pensée de Karl Ernst Osthaus, fondateur du musée Folkwang, qui est à l’origine de la création de l’Atelier de céramique Margarethenhöhe. Imprégnées de sa conception transculturelle, universelle de l’art, qui se nourrit de musique, de littérature et de théâtre, les œuvres de Young-Jae Lee, créations intemporelles entre tradition et innovation, déploient une aura singulière, unique, au-delà des modes et des maniérismes.
 

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