Vous êtes ici

Lucio Fontana

Lucio Fontana, Deposizione della Croce
Lucio Fontana, Deposizione della Croce
Galerie Karsten Greve Paris (Côte rue)

Crosses
20 mai - 29 juilett 2017
 
Vernissage : le samedi, 20 mai 2017, 18 - 20 h
 
ŒUVRES
BROCHURE D'EXPOSITION
 
La céramique apparaît dans l’œuvre de Lucio Fontana (1899-1968) dès les années 1930 au moment de ses séjours à Albisola à la manufacture Mazzotti, mais c’est au début de l’aventure spatialiste dans les années d’après-guerre que Fontana commence à réaliser un ensemble conséquent de céramiques à sujet religieux qui l’occuperont pendant plus de dix ans, jusqu’à la fin des années 1950, c’est-à-dire de manière exactement contemporaine au développement du spatialisme et des Concetti spaziali (Concepts spatiaux) et Ambienti spaziali (Environnements spatiaux) qui ont pendant longtemps contribué à faire sa reconnaissance et éclipsé ses céramiques religieuses.
 
L’intérêt que Fontana porte à cette question du sacré est celui d’un regard laïque, et cela, depuis ses années de jeunesse lorsqu’il se forme dans l’atelier de son père à Rosario de Santa Fe (Argentine) en sculptant des monuments funéraires, Christs et Vierges à l’enfant. Fontana ne s’est donc jamais défini comme un artiste croyant et la liberté formelle qu’il s’autorise dans le traitement des motifs (Crucifixion, Assomption, Déposition, Vierge à l’enfant, Chemin de croix) en atteste. Le travail de la terre et donc de la céramique lui permet d’exprimer, par une forme très esquissée, une grande ductilité dans un mouvement continu (un continuum spatial) et une énergie gestuelle révélant ainsi sa spontanéité et sa rapidité d’exécution à travers une grande virtuosité plastique. Le critique d’art et ami Guido Ballo (1914-2010) se souvient que, lorsqu’il modelait, « ses mains créaient une musicalité aérienne et il restait silencieux comme s’il était en transe ».
 
Tous ces sujets, qu’ils soient sans distinction religieux ou profanes, sont donc un moyen de réfléchir autrement à une nouvelle inventivité formelle qui embrasse le geste, la matière, l’espace, la couleur et la lumière. Fontana cherche dans toutes les directions. Il est curieux, inventif, produit beaucoup et se saisit de tous les moyens qui s’offrent à lui : ceux du passé, qu’il n’hésite pas à réactualiser et à faire coïncider avec ceux de son temps montrant qu’il n’est pas l’homme d’une seule esthétique ; ce dont témoignent plusieurs photographies prises à la fin des années 50 dans le sous-sol de son atelier du Corso Monforte à Milan montrant Fontana posant parmi ses céramiques et divers Concetti spaziali.
 
Sa déclaration : « Je suis sculpteur et non céramiste » (« Io sono un scultore e non un ceramista »), qui ouvre son texte Ma céramique (La mia ceramica), publié en 1939 dans la revue Tempo, a le mérite d’être claire. C’est en sculpteur et non en céramiste qu’il aborde cette technique et c’est probablement grâce à cet état d’esprit, émancipé des contraintes liées à cette matière, qu’il crée des œuvres dont la liberté formelle va renouveler le langage de ce matériau traditionnellement employé pour les arts décoratifs.
 
Parlant de la céramique, Fontana a souligné à plusieurs occasions qu’il n’avait pas tant été intéressé par la technique que par les potentialités ductiles du matériau, tout à la fois souple et dense, une attraction de la matière renforcée par les possibilités chromatiques qu’offrent l’émail et les cuissons, ce qui semblait le passionner. Au regard de ces œuvres dans lesquelles le sujet religieux disparaît, Fontana aboutit à la représentation d’une forme continue qui semble se faire et se défaire dans le même temps. Ces sculptures tout en rythme et en mouvement, à mi-chemin entre une esthétique abstraite et figurative, révèlent un traitement chromatique qui devient à la fois un élément symbolique mais aussi structurel.
 
Valérie Da Costa
 

Valérie Da Costa est historienne de l’art et critique d’art. Elle est maître de conférences habilitée à diriger des recherches en histoire de l’art contemporain à l’Université de Strasbourg. Elle est spécialiste de l’art italien de la seconde moitié du XXe siècle et l’auteure de nombreux textes sur Lucio Fontana, Fausto Melotti, Pino Pascali, Fabio Mauri, Piero Gilardi, Marisa Merz. Elle a fait récemment paraître : Écrits de Lucio Fontana (Les Presses du Réel, 2013) et Pino Pascali : retour à la Méditerranée (Les Presses du Réel, 2015).

Theme by Danetsoft and Danang Probo Sayekti inspired by Maksimer